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Virginie Rozière

Contre les populistes et les europhobes, politisons le débat sur l’Europe

Jeudi dernier, après des semaines de tensions, l’Europe pensait, au soir d’une belle journée d’été, que le lendemain, le brouillard serait définitivement levé et que l’incertitude aurait disparu. Hélas, elle s’est réveillée sous un ciel bien plus sombre que la veille ! Les Britanniques ont décidé de sortir de l’Union et il va désormais falloir organiser un divorce inédit, mettre en œuvre une procédure jamais utilisée, nous entendre avec un pays que l’on n’appellera plus État membre mais pays tiers.

Ce résultat, c’est le gâchis ultime d’une campagne d’une violence inouïe, qui a culminé avec le meurtre de Jo Cox, femme de convictions, morte pour ses idées. Fallait-il une preuve plus criante de la faute commise par David Cameron lorsque, dans une manœuvre politicienne d’un cynisme odieux, il a annoncé un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Car il s’agit bien d’une faute. Pour assurer son devenir politique personnel, c’est l’avenir de tous les Européens qu’il a confisqué, les suspendant à un scrutin qui a monopolisé les commentateurs, spécialistes et politiques des semaines durant, alors que de nombreuses autres crises faisaient et font toujours rage.

Désormais réalité, les conséquences du Brexit pour le Royaume-Uni se font déjà sentir avec le décrochage de la livre, les revendications d’indépendance de l’Ecosse et une crise de leadership au sein du parti conservateur comme du parti travailliste. Tant et si bien que certains appellent à un nouveau scrutin et que l’idée d’un retour en arrière germe dans plus d’une tête. Ce n’est cependant pas sérieux. La volonté du peuple doit être respectée et alors que David Cameron essaie de gagner du temps en laissant à son successeur le soin d’entamer les négociations, les Britanniques doivent maintenant assumer leur décision. Et nous ne devons en aucun cas la subir ! C’est le sens des demandes des socialistes et démocrates qui ont appelé le gouvernement britannique à tenir compte du résultat du référendum et à notifier au plus vite sa demande de retrait de l’Union européenne. Ainsi que l’a rappelé Jean-Claude Juncker, « pas de notification, pas de négociation ».

Mais, au-delà des arguments caricaturaux et xénophobes avancés durant la campagne, ce vote doit nous permettre de prendre conscience de l’attente des citoyens d’une Europe différente. Il serait dangereux de tourner trop vite la page sans assimiler certaines critiques portées à l’Union : déficit démocratique, dumping social et fiscal, crise migratoire.

Refonder la démocratie européenne est un impératif. Retrouver l’esprit de la construction communautaire est un devoir. Repenser son acquis et ses perspectives, une nécessité. À ceux qui clament que l’Europe se construit contre les citoyens, répondons en proposant une Europe qui travaille toujours plus pour eux. Contre la vision d’une Europe uniquement économique, proposons une Europe plus solidaire et plus sociale. Face à l’urgence de la crise migratoire, à la profondeur de la crise économique, à la déstabilisation géopolitique, renforçons notre maison commune, sa gouvernance et ses frontières.

Surtout, redonnons aux citoyens une place centrale dans la construction européenne. Sans cesse accusée de dérive technocratique, politisons le débat sur l’Union, donnons naissance à cet espace public européen appelé par tant d’intellectuels et qui peine à se mettre en place. Le Royaume-Uni a créé un débat. Il l’a créé sur de mauvaises bases et pour de mauvaises raisons. Nous ne devons pas reproduire la même erreur. Pour autant, à l’approche d’élections cruciales en France et en Allemagne, il faut redonner les moyens aux citoyens de comprendre les enjeux et de se prononcer sur ces derniers. C’est en opposant les projets et les arguments dans un débat apaisé et construit que nous ferons reculer les eurosceptiques et populistes prêts à tout, même aux pires mensonges, pour désunir le continent.

L’Europe de demain sera politique ou elle ne sera pas !