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Virginie Rozière

Discours sur l’état de l’Union : « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » !

Trois ans après la mise en place de la Commission européenne « de la dernière chance », selon sa propre expression, Jean-Claude Juncker prononçait mercredi son discours sur l’État de l’Union. Face à l’impérieuse nécessité de refonder l’Europe sur un modèle social et inclusif, c’était un plan de bataille pour replacer les citoyens au centre des préoccupations qui était attendu. Alors qu’il entame sa quatrième année de mandat, le Président de la Commission s’est borné à offrir à l’hémicycle un énième exposé sur sa vision de l’Europe.

Cette année encore, Monsieur Juncker a démontré son attachement aux métaphores maritimes. La « tempête » qui secouait l’année dernière l’Union Européenne aurait laissé place aux « vents favorables » de la reprise économique et de la croissance retrouvée. Mais ce bulletin des intempéries suffira-t-il à donner un cap à l’Europe ?

Bien sûr, en tant qu’eurodéputée radicale de gauche, je reconnais dans son discours la reprise de plusieurs propositions que nous défendons depuis de longues années : l’appel à une Union des valeurs démocratiques et de l’État de droit, la lutte contre le dumping social, la mise en place d’un ministre européen de l’économie, l’achèvement de l’Union bancaire, la mise en place d’une défense commune ou encore la cohésion entre les États membres et la solidarité pour les réfugiés qui fuient les conflits.

Des déclarations que l’on pourrait interpréter comme une aspiration au progrès, si elles n’étaient pas quotidiennement contredites par les positions de sa famille politique. Je doute que l’annonce de la création d’une autorité commune du travail pour lutter contre le dumping social soit suivie par la majorité de droite alors qu’elle est si prompte à reculer sur la question des travailleurs détachés. Pour que cette autorité s’arme efficacement contre la concurrence déloyale entre les travailleurs, il faudra préciser davantage ses prérogatives. Il en est de même pour la lutte contre le changement climatique. La proposition de réduction des émissions de carbone dans le secteur des transports ne pourra pas se réaliser tant que ce sujet ne sera pas pris au sérieux par le parti de M. Juncker, si prompt à céder aux revendications des pollueurs.

Enfin, la volonté de passer au vote à la majorité qualifiée sur les questions fiscales est à saluer. Si l’on veut que les entreprises payent leurs impôts dans les pays où elles réalisent effectivement leurs profits, nous devons en finir avec les votes à l’unanimité qui paralysent toutes formes de débat. Mais ce point ne doit pas être un prérequis à l’examen de mesures ambitieuses dans la lutte contre l’évasion fiscale. En effet, le passage de la règle de l’unanimité à celle de la majorité qualifiée nécessite un vote… à l’unanimité ! Cela pourrait donc prendre plusieurs années…

Certes, nous avons entendu des affirmations et des propositions qui illustrent la prise de conscience par le chef de l’exécutif européen de l’importance d’une Europe sociale et unie. Une Europe qui fait de nouveau corps avec elle-même. Mais là encore, nous ne pouvons nous payer de mots. Jean-Claude Juncker, pour la quatrième fois, ne propose aucun plan de travail opérationnel ni de réformes concrètes.

Si, pour le président de la Commission européenne : « Il n’y pas d’amour sans déconvenue », rappelons-lui qu’« il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour». Plus que de serments, l’Europe a besoin d’engagements financiers concrets. Or, Monsieur Juncker est resté étonnement silencieux sur les négociations en cours du cadre budgétaire pour l’après 2020 ou sur la nécessité pour l’Union de développer ses ressources propres. Tant que ces questions essentielles ne seront pas mises sur la table, on voit mal comment les promesses pourraient s’incarner dans les actes attendus.

Pour refonder le projet européen nous ne pouvons pas nous satisfaire de « vents » aussi « favorables » soient-ils. Nous devons nous construire des projets concrets à même de faire advenir une Europe sociale et solidaire, à l’écoute de ses citoyens et de sa jeunesse.