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Virginie Rozière

La susceptibilité n’est pas une limite à la liberté d’expression !

Suite aux attentats contre Charlie Hebdo j’ai organisé, le 25 février 2015, avec Sophia in ‘t Veld, une conférence sur la liberté de parole et le blasphème.

Pierre Galand, Président de la fédération Humaniste et Scott Griffen, Directeur de l’IPI (International Press Institute) ont d’abord fait un état des lieux des lois sur le blapshème en Europe.
Puis Jean-Pierre Leguay du Grand Orient de France et Jacob Mchangama, directeur du think tank Justitia de Copenhage ont rappelé les principes et la nécessité d’un droit absolu à la liberté d’expression.
Enfin, Fr. Patrick H. Daly, Secrétaire général de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE) et Jonathan Romain, rabbin à la synagogue de Maidenhead en Angleterre ont exposé leur façon de vivre leur foi dans la tolérance.

L’objet de cette conférence était d’établir un dialogue et un débat ouverts sur la liberté de critiquer et de se moquer des religions.

Il faut en effet rappeler que le délit de blasphème existe dans huit États de l’Union européenne (Grèce, Pologne, Allemagne, Espagne, Irlande, Danemark, Italie, Pays-Bas), et même en France, en Alsace-Moselle, même si ce délit est inapplicable.
La plupart sont de « vieilles » législations discriminatoires qui protègent exclusivement la religion établie. Mis à part en Grèce où le délit de blasphème est appliqué, ces lois ne sont plus que les souvenirs d’un passé lointain où les églises s’affirmaient comme un pouvoir politique sur les consciences des citoyens.

La libre critique des opinions et des institutions est un des fondements de la démocratie. C’est la garantie du pluralisme, du débat, de la controverse. Et rien ne justifie de réserver un traitement différent à certaines opinions et institutions au prétexte qu’elles seraient d’inspiration religieuse
La liberté trouve sa limite quand elle touche à la liberté d’autrui. En aucun cas quand elle rencontre sa susceptibilité, pour une raison bien simple : si on renonce à railler ce qu’une personne tient comme sacré, alors plus la croyance sera dominante, plus nombreuses seront les actions qui constitueront une offense, et plus la liberté d’expression sera limitée. En résumé, plus grande sera la susceptibilité d’un croyant, plus grande sera sa légitimité à faire taire les autres.

Voilà pourquoi nous devons refuser catégoriquement toute remise en cause notre liberté d’expression au nom de l’offense, et affirmer clairement la liberté de critique.

Je terminerai en rappelant la position de l’Union européenne sur la liberté de religion et d’opinion dans le monde. Des orientations ont en effet été adoptées par les ministres des Affaires étrangères de l’UE (24 juin 2013) indiquant :  » Lorsque des critiques sont formulées sur des religions ou des convictions et que l’expression de ces critiques est perçue par les adeptes concernés comme étant si offensante qu’elle pourrait entraîner des actes de violence dirigés contre ces adeptes ou perpétrés par ceux-ci, l’Union européenne […] rappellera que le moyen le plus efficace de combattre ce qui est perçu comme une offense et qui résulte de l’exercice de la liberté d’expression, est l’utilisation de la liberté d’expression elle-même. »

Il serait temps que ce que promeut l’Union européenne à l’extérieur des frontières de l’Union soit enfin appliqué en son sein.

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