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Virginie Rozière

Lanceurs d’alerte. « L’UE devient la zone du monde à la protection la plus forte » selon Virginie Rozière, Ouest-France

Entretien avec Virginie Rozière, eurodéputée rapporteure de la directive sur les lanceurs d’alerte.

Pourquoi faut-il protéger les lanceurs d’alerte ?

Les lanceurs d’alerte, ce sont des gens comme Antoine Deltour ou Raphaël Halet, à l’origine du scandale Luxleaks. Ils étaient salariés d’un cabinet d’expert-comptable et se sont rendus compte d’un business qui revenait à faire des accords complètement exorbitants entre des multinationales et le fisc luxembourgeois. Ils ont découvert qu’on organisait l’évasion fiscale de manière industrielle comme ça et l’ont dénoncé.

Tout le monde a salué leur action en disant qu’il s’agissait d’une avancée pour la démocratie européenne et les citoyens européens. Antoine Deltour a eu le prix du citoyen européen en 2015, mais, en 2016, il s’est retrouvé devant la justice luxembourgeoise, accusé de vols, d’atteintes à la propriété, de recel, de piratage informatique…

C’est très paradoxal qu’on reconnaisse le courage d’individus qui dénoncent des agissements contraires à l’intérêt général européen, mais qu’on les laisse ensuite faire l’objet de représailles et être traînés devant les tribunaux. Il fallait une directive pour empêcher ça. C’est le but de cette directive que nous avons voté aujourd’hui.

Les lanceurs d’alerte sont souvent poursuivis pour avoir « volé » des données à leur entreprise…

En réalité, c’est variable, on peut les accuser de diffamation, de vol, de recel, de piratage, ou d’atteinte au secret des affaires. C’est quelque chose que nous voulons contrecarrer dans la directive. À partir du moment où c’est effectivement une alerte, où le lanceur d’alerte révèle une atteinte à l’intérêt général des Européens, alors juridiquement parlant cette révélation est légitime et les moyens qu’il a utilisés pour prouver ce qu’il avance sont légitimes aussi. Ils ne pourront donc plus être accusés de vols ou autres.