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Virginie Rozière

Le 8 mars : la journée des Europe ?

En cette journée de la femme, rappelons l’histoire d’Europe, cette princesse phénicienne qui a donné son nom à notre continent. Epris de sa beauté, Zeus, le roi des dieux la séduit, puis la kidnappe pour l’emmener sur l’île de Crète. Charmant…

Si l’on doit se garder d’une lecture anachronique des mythes antiques, l’image de cette jeune fille prise en otage par le symbole de la puissance masculine nous amène tout de même à nous questionner sur la situation des femmes en Europe aujourd’hui. Alors, qu’en est-il de la persistance des préjugés et des stéréotypes sur notre continent ? La répartition des rôles à la maison, sur le lieu de travail et dans la société au sens large limitent leur possibilité d’évolution : elles passent deux fois plus de temps que les hommes à s’occuper des tâches ménagères et à prendre soin des enfants (dans les 26 pays de l’OCDE) ; leur rémunération est toujours inférieure à celles des hommes ; leurs droits tels que l’avortement, sont régulièrement remis en cause ; et enfin, 33% d’entre elles ont déjà subi des violences sexuelles ou physiques …

Alors qu’on pourrait légitimement attendre, dans ce contexte, une politique volontariste de l’Union européenne, on assiste dernièrement à des reculs réguliers en matière de droits des femmes : retrait par la Commission et malgré le soutien du Parlement, de la directive sur la parité dans les conseils d’administration ; retrait prochain de celle sur les congés maternité … et on se souvient de la mise en échec scandaleuse du rapport Estrela sur la santé et les droits sexuels et génésiques au Parlement européen !

Est-ce parce que la présence des femmes y est toujours minoritaire ? Il n’a été présidé qu’à deux reprises par une femme depuis 1979 : 2 sur 14 ; elles ne président que huit commissions sur vingt-deux ; elles ne représentent toujours qu’un peu plus du tiers des députés européens (36,62%) …

Cette journée internationale des femmes nous rappelle cette nécessité : chaque jour lutter pour mieux faire respecter les droits des femmes et faire progresser l’égalité hommes-femmes dans l’Union européenne et dans le monde. Elle est l’occasion de sensibiliser et d’informer nos concitoyens.

Mais également, tout de même, de se réjouir des progrès effectués.

Le nombre de femmes actives ne cesse d’augmenter, comme leur présence parmi les cadres. Les lois établies en faveur de la parité depuis quelques années ont permis un accroissement certain du nombre d’élues. Les droits des femmes, bien que trop souvent remis en cause, sont aussi farouchement défendus. Au Parlement, la commission FEMM veille à ce que les droits des femmes soient intégrés dans toutes les politiques de l’Union européenne – y compris la politique extérieure. Il faut à ce titre saluer l’adoption par cette commission au mois de janvier du rapport de mon collègue Marc Tarabella qui dresse le bilan de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Souhaitons que ce rapport marque le point de départ d’un nouvel élan de l’Union européenne en faveur des droits des femmes. Il n’est pas acceptable que le Conseil bloque depuis quatre ans la directive sur le congé maternité et que l’inaction des Etats membres puisse conduire à son retrait. Il en va de même pour la directive sur la parité dans les conseils d’administration adoptée par le Parlement européen en novembre 2013. Le plafond de verre est une réalité criante dans les conseils d’administration des entreprises cotées en bourse. Pour permettre une réelle évolution, il faut des mesures coercitives. Les Etats membres doivent donc sans attendre relancer les négociations sur ces points et l’Union européenne se doter, à nouveau, d’une politique ambitieuse.

Alors, qu’en est-il, finalement d’Europe ?… Le symbole de cette jeune fille kidnappée par ce taureau si masculin a de quoi laisser perplexe. Mais regardons de plus près les représentations qui en sont faites, comme cette mosaïque romaine du IIIe siècle. C’est l’auteur classique Achille Tatius qui la décrit le mieux:  » La jeune fille était assise au milieu de son dos, non pas à califourchon mais de côté, les deux pieds sur la droite et elle tenait les cornes de sa main gauche comme un conducteur de char tient les rênes, et, en fait, l’animal obliquait légèrement dans cette direction, obéissant à la pression de la main. […]. Ses mains étaient éloignées l’une de l’autre, […] et dans l’une et l’autre, elle tenait au-dessus de sa tête une large écharpe qui voltigeait autour de ses épaules, et l’étoffe se creusait et se gonflait de toutes parts ; c’était la façon pour le peintre de représenter le vent. Ainsi la jeune fille était-elle installée sur le taureau comme un bateau en mer et son écharpe lui servait de voile ».

Et si c’était finalement ainsi qu’il nous fallait voir Europe, comme une femme qui, face à l’adversité, prend en main sa destinée pour, finalement, devenir une reine…