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Virginie Rozière

Le nudge : les outils de l’économie comportementale au service des politiques publiques

Je suis intervenue, le 6 mai dernier, lors d’une conférence sur le nudge.

Trace de pas dirigeant vers une poubelle, courrier comparant votre consommation d’électricité avec celle de votre voisin, ou même mouche gravée sur un urinoir pour mieux viser … Le nudge est un coup de pouce simple et non coûteux qui modifie le comportement des individus d’une manière prévisible, sans créer d’interdictions et sans changer les incitations économiques.

Application des théories d’économie comportementale selon lesquelles il suffit de donner les bonnes incitations aux individus pour orienter leur comportement, les nudge jouent sur plusieurs leviers comportementaux comme le poids de la comparaison à autrui ou l’inertie au changement, afin d’inviter les citoyens à adopter des modes de vie plus respectueux de l’intérêt général.

Le comportement vertueux va en effet souvent à l’encontre des habitudes de vie et de consommation et se confronte à l’inertie au changement. Quand bien même l’intention d’agir est présente, cette dernière peut se heurter à certaines réalités économiques, psychologiques et pragmatiques

Le nudge amène quelqu’un à faire quelque chose… et in fine de meilleurs choix pour lui et pour l’intérêt général.

Cette théorie est pourtant très contestée, tant sur ses conséquences éthiques que sur son efficacité réelle. Reposant sur ce qui peut s’apparenter à de la manipulation, le nudge privilégie certains usages sociaux plutôt que d’autres, et fait appel à l’émotion plus qu’à la raison.

C’est également un basculement de l’intervention publique, de ce qui est permis/interdit, vers ce qui est bien ou mal, avec tous les travers de la subjectivité que cela suppose.

Les partisans du nudge arguent que l’individu a toujours le choix de ne pas suivre l’indication. Ses détracteurs mettent en avant le fait qu’il est difficile de s’opposer à une contrainte que l’on ne voir pas.

Je penche moi pour une application pragmatique : ces techniques existent, et certaines ont prouvé leur efficacité. Elles sont d’ailleurs déjà largement utilisées par les entreprises à des fins de marketing. Si la puissance publique ne s’en empare pas, en l’utilisant mais surtout en l’encadrant, les entreprises privées continueront à l’utiliser pour maximiser leurs profits.

Reste à réfléchir sur les modalités d’application : qui définit l’intérêt général ? Les entreprises ou la puissance publique ? Quel intérêt les entreprises auraient-elles à s’impliquer ? Quel équilibre entre l’efficacité et la transparence ? Et surtout, comment s’assurer de la liberté de choix des citoyens ?