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Virginie Rozière

Les jeunes peu intéressés par la politique ? Ma réaction suite à la conférence organisée par la Cnajep

Je participais, le 11 avril dernier, à une table ronde organisée par le Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP), suite à la conférence Jeunesse de l’Union européenne. Sa vocation était de réfléchir aux moyens d’encourager les jeunes à participer aux processus politiques.

Les recommandations sont particulièrement axées sur l’éducation (renforcement de la démocratie dans les établissements scolaires, diversification des formes d’engagement, développement des outils en ligne …). Mais elles esquissent également des pistes pour impliquer plus les jeunes dans la politique en général : droit de vote à 16 ans, évaluation systématique de l’impact des projets législatifs sur les jeunes ou encore reconnaissance du vote blanc.

J’ai regretté que ces conclusions donnent une si piètre – et fausse ! – image de la jeunesse et de son intérêt pour le monde qui l’entoure : plus de la moitié des 15-30 ans (55%) considère la politique comme importante. 63% s’informent régulièrement par la télévision. 49% ont déjà signé une pétition, 28% participé à une manifestation, 20% utilisé les réseaux sociaux pour relayer des campagnes militantes, 19% fait grève …

C’est la forme de l’engagement qui a changé. Pas sa force !

S’intéresser à la politique… On peut faire de cette expression une interprétation très large : en faire une carrière, se contenter de voter, participer autrement à la vie de la société … la politique se réduit-elle à l’exercice du pouvoir ou implique-t-elle des modes de participation active de tous à la chose publique ? Être exigeant et vigilant à l’égard du pouvoir, s’informer à la fois de la politique nationale et internationale, c’est déjà une façon d’être citoyen et politiquement actif.

Si nos concitoyens se détournent des structures politiques traditionnelles que sont les partis et les syndicats, c’est qu’ils semblent penser que le système est à bout de souffle. Ils redoutent une société fondée sur un individualisme sans issue et dans un même temps, craignant d’être précarisés, pensent de façon isolée.

Les catégories les plus défavorisées sont d’ailleurs les moins impliquées en politique : les non-diplômés sont moins inscrits sur les listes électorales que les diplômés du supérieur (83% contre 67%). Les ouvriers et les employés sont ainsi moins inscrits que les cadres, les chômeurs moins que les personnes qui ont un emploi.

Beaucoup de nos concitoyens sont dans une attitude hésitante. Certains désapprouvent la façon dont on licencie les salariés ou dont on expulse les sans-papiers. D’autres sont indignés du sort réservé aux SDF, ou s’inquiètent de l’avenir de la planète. Mais ils ne s’investissent pas pour autant dans un mouvement associatif ou politique quelconque. La fin des idéologies et la disparition d’un idéal révolutionnaire rendent l’engagement problématique : comment passer de l’indignation à l’action ?

Les échanges de cette matinée avec les jeunes représentant les mouvement d’éducation populaire confirment ce diagnostic : loin des caricatures d’une jeunesse désabusée et apathique, j’ai dialogué, débattu, avec des citoyens impliqués au service des autres, soucieux de lutter contre les inégalités, engagés pour construire un futur durable et respectueux de l’environnement. Et bien sûr, je me suis trouvée confrontée à cette défiance croissante à l’endroit de la représentation « politique ». Pourtant, en prenant le temps du dialogue, en ne niant pas les difficultés auxquelles ils sont confrontés, en reconnaissant les erreurs ou même les impuissances des politiques, une discussion sincère s’engage. La colère et la frustration cèdent le pas à la compréhension. Des interactions sont envisagées, des solutions sont imaginées.

C’est tout le sens de l’engagement qui consiste à se débarrasser de cette impression qu’on ne peut pas changer les choses. Le peuple a toujours plus de pouvoir qu’il ne le croit : l’action politique institutionnelle n’est permise et effective que s’il la soutient ou ne s’y oppose pas. C’est pour cela que la classe politique doit se ressaisir ! Nous avons le devoir d’apporter des réponses à l’extrême pauvreté, aux menaces écologiques, aux discriminations ou encore aux inégalités. Nous avons la responsabilité de porter un message d’avenir, une vision de la société. Cela passe par nos propositions, mais également par une écoute attentive des revendications de nos concitoyens, et de leur représentativité dans nos partis et dans les candidats à nos élections. Ce n’est qu’en refondant l’exercice du pouvoir que nous pourrons démontrer que c’est en passant à l’action, en s’agrégeant aux autres, que les citoyens peuvent se faire entendre.

J’ai aussi pu constater, avec satisfaction, que les valeurs du Parti Radical de Gauche, la laïcité, le solidarisme, l’humanisme, la tolérance et l’universalisme, sont particulièrement bien reçues par ces jeunes, qui connaissent le sens de l’engagement, même apolitique. Notre parti est porteur d’idées qui peuvent remobiliser nos concitoyens et redessiner le paysage politique. Nous devons avoir conscience de cette force, et nous donner les moyens de transformer cette adhésion à nos valeurs en action politique, à nos côtés.

 

*Sondage réalisé par Audirep pour l’Observatoire de la jeunesse solidaire de l’Afev (étudiants bénévoles) et la fondation BNP Paribas.