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Virginie Rozière

Les religions ont leur place dans la société … qu’elles y restent !

Les religions ont leur place dans la société … qu’elles y restent !

Ce n’est pas manquer de respect aux croyants que de dénoncer les excès de leurs dogmes. Ce n’est pas insulter les croyants que de ne pas se soumettre à leurs règles. Mais c’est bien pointer du doigt les intégristes que de caricaturer les symboles dont ils se revendiquent.

Depuis l’affaire des caricatures, Charlie Hebdo était considéré comme ce vieil oncle raciste, que l’on tolère parce qu’il est de la famille, mais dont on espère qu’il sautera le repas dominical. Avec mépris, on interprétait ses dessins potaches au premier degré. On caricaturait – quelle ironie ! – ses prises de position, parce qu’il osait tourner en dérision les religions.

Et aujourd’hui encore, après le drame, nous devons supporter les visages atterrés de certains politiques qui découvrent la Une d’un Charlie « ressuscité ». Nous entendons les réactions outrées de ceux qui, finalement n’ont pas compris, que oui, en France, nous pouvons nous moquer des religions. Que ce n’est pas une attaque contre le croyant, mais une dénonciation de ce qu’elles font subir à nos sociétés en tant que prescriptrices de conduite.
Les attentats contre Charlie Hebdo, puis contre la France, ne sont pas seulement une atteinte à notre liberté d’expression. Ils sont une pression pour que nous craignions d’en faire usage.

Mais ils sont aussi la démonstration, alors que des journalistes ont été assassinés, que le peuple français n’a toujours pas pris la mesure ce qui était reproché à Charlie, par les islamistes … et par la classe politique : être des blasphémateurs. Quelle idée saugrenue, quelle contradiction, quelle hypocrisie, que de défendre la liberté d’opinion, tout en appelant au «respect » des religions !

Le respect, selon le Larousse, c’est le sentiment de considération envers quelqu’un ou quelque chose ; c’est la manifestation de ces égards ; c’est le sentiment de vénération de ce qui est considéré comme sacré … Et il nous appartiendrait d’éprouver de la considération envers les religions, de les traiter avec égard, de les considérer comme sacrées ?

La religion est personnelle, la croyance intime. Et rien ne doit forcer la société dans son intégralité à subir ces croyances et s’y adapter. Est-il encore nécessaire de rappeler que la démocratie doit venir avant la religion comme principe organisateur ? Qu’en France, depuis la loi de séparation des églises et de l’État de 1905, la loi ne reconnait pas les cultes ? Qu’elle ne leur garantit que la liberté d’exercer, dans le RESPECT des lois de la République ?
C’est la réaffirmation de la laïcité qui nous permettra de conserver les conditions de la vie en commun. C’est en étant intransigeants avec ceux qui l’attaquent – par l’extrémisme religieux ou par la stigmatisation des citoyens en raison de leur croyance – que l’on pourra enfin regarder les hommes et femmes autrement que par le prisme de la religion.

Les Français sont libres de croire. La France tolère les dieux. Mais la République n’a pas à en connaitre. Aucune raison religieuse ne peut justifier des décisions politiques. Aucune religion ne doit empêcher une expression citoyenne. Aucune censure ne doit être justifiée par une pudeur pieuse…

L’étanchéité doit être parfaite.