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Virginie Rozière

« On se construit au Parlement par le travail qu’on y mène », interview dans Midi Libre

Eurodéputée. Virginie Rozière (Les Radicaux de gauche) dresse le bilan de son mandat.

 

Comment avez-vous apprécié votre mandat d’eurodéputé ?

Sur les dossiers que j’ai portés, les combats que j’ai menés, je suis satisfaite des résultats, avec de belles victoires, obtenus dans le cadre d’un travail collectif. Ce mandat avait commencé avec un sentiment d’urgence, à l’échelle du continent, avec la nécessité pour l’institution de refonder quelque chose pour répondre à une frustration économique et sociale. Lors de la campagne de 2014, on parlait de l’Europe sociale, des politiques économiques, de l’austérité…

On sortait d’une période difficile suite à la crise financière de 2008…

Et dont on ressent encore les effets. Mais les réponses ont été trop faibles et, de ce fait, on observe un glissement du climat politique général qui est passé de revendications économiques et sociales à un renforcement des nationalismes et des postures extrêmes identitaires, pour ne pas dire xénophobes. Aujourd’hui, on parle plus de frontières et d’immigration que de salaire minimum et d’assurance chômage. L’Europe paye la faiblesse de sa réponse aux revendications économiques et sociales mais on a aussi quelques responsables politiques qui ont intérêt à éluder ces sujets pour exacerber la question nationaliste, pour leur propre bénéfice électoral.

Quelles sont vos satisfactions du mandat ?

J’ai porté très fort le dossier des lanceurs d’alerte, il me tenait à cœur et c’était une priorité du groupe des socialistes démocrates. On a désormais une directive européenne dont la version définitive sera votée le 16 avril. Cette loi protège les lanceurs d’alerte dans tous les pays européens. Nous sommes passés par un long processus pour produire ce texte. Il faut d’abord convaincre la Commission européenne de faire une proposition de directive, puis arriver à trouver un accord à l’intérieur du Parlement, avant de négocier avec les États membres. C’est difficile, avec une nouvelle négociation à chacune de ces étapes. On a commencé vraiment à y travailler en 2016, on a abouti en 2019.

Le dossier des droits d’auteur a été votre autre grand chantier ?

Oui, la lutte contre l’évasion fiscale aussi. Mais concernant les droits d’auteur, on avait un cadre, pour la protection de la culture en Europe, qui datait de 2001, d’avant la manière dont on la diffuse aujourd’hui. Il était obsolète. Sa diffusion numérique a bouleversé tout le secteur, avec, aujourd’hui, des diffuseurs en quasi-monopole, alors que très peu revient aux artistes. C’est cela que l’on a voulu corriger, et je crois qu’on y est arrivé.

Vous avez fait face à un lobbying des géants du numérique d’une intensité rare ?

Ça a été très violent dans la nature des ressorts utilisés, et colossal au niveau des moyens déployés. Le texte a été controversé car beaucoup de mensonges ont été propagés pour essayer de faire naître le doute. Il y a eu plusieurs étapes, avec des votes assez serrés au Parlement, mais c’est une magnifique victoire pour la souveraineté européenne et pour les libertés. Cette loi revient à dire qu’en Europe, c’est le législateur, donc les représentants des citoyens, qui définit les règles dans le monde numérique, pas des monopoles privés.

 

Crédit photo – Margot L’hermite