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Virginie Rozière

Pour Michèle Alliot-Marie, les mots ont leur importance … Les droits de l’homme un peu moins !

Fin janvier, Michèle Alliot-Marie s’était déjà illustrée sur un premier rapport qui répertorie les atteintes aux droits de l’Homme, en tentant d’en faire retirer la mention de l’Arabie Saoudite et du Koweït. Alors que la première a décapité 79 condamnés en 2013, et que le second condamne de nouveau à la peine de mort, elle a justifié cet amendement selon une règle diplomatique qui demande qu’on cite non pas les pays mais les régions. Or cette règle n’a vocation à s’appliquer qu’aux pays de l’Union européenne.

Aujourd’hui, Mme Alliot-Marie a de nouveau joué sur les mots : elle a demandé la suppression, dans le rapport annuel sur les droits de l’homme et la démocratie dans le monde et sur la politique de l’Union européenne en la matière, d’un paragraphe en faveur du mariage et des unions civiles homosexuelles au Parlement européen … En arguant que le mot « mariage » a une connotation religieuse, et qu’il ne devrait de ce fait pas être utilisé au sein d’une institution laïque telle que le Parlement européen !

Confondant ses propres préjugés et la reconnaissance d’un droit universel, elle aurait préféré, dit-elle, le terme « union civile », gommant ainsi les distinctions faites entre les orientations sexuelles. Considère-t-elle que les unions hétérosexuelles universellement et communément admises ont toute leur place dans un rapport sur les droits de l’homme ?

Sans doute faut-il attribuer à une « conversion » toute récente à la laïcité le contresens, pour ne pas dire la perversion, ainsi infligée à cette belle valeur républicaine : est-il besoin de rappeler que le mariage est une institution civile, que ce sont les opposants aux droits des LGBT qui brandissent des considérations religieuses, au mépris de la laïcité ?

Cette mauvaise foi est atterrante. Les droits de l’homme sont un sujet trop grave et trop important pour être parasité par des débats d’arrière-garde, et mis en danger par une conception de la sémantique plus que douteuse.