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Virginie Rozière

Pourquoi je n’ai pas assisté à l’intervention du Pape devant le Parlement européen

Lettre ouverte à Martin Schulz, Président du Parlement européen.

« Dire qu’il revient à la communauté religieuse, et non à l’État, de gérer ‘ce qui est à Dieu’, revient à poser une limite salutaire au pouvoir des hommes, et cette limite est celle du domaine de la conscience, des fins dernières, du sens ultime de l’existence, de l’ouverture sur l’absolu, de la tension vers un achèvement jamais atteint, qui stimule les efforts et inspire les choix justes.

Toutes les familles de pensée de notre vieux continent devraient réfléchir à quelles sombres perspectives pourrait conduire l’exclusion de Dieu de la vie publique, de Dieu comme ultime instance de l’éthique et garantie suprême contre tous les abus du pouvoir de l’homme sur l’homme. »

Voilà, monsieur le Président, le passage le plus emblématique de l’intervention de Jean-Paul II devant les parlementaires européens, le 11 octobre 1988.

Nous trouvons dans cette simple citation tout ce qui nous choque: la conviction de la supériorité de la métaphysique sur le Droit, l’ingérence du religieux dans les affaires civiles, l’expression d’un choix individuel qui veut s’imposer à tous, la volonté d’une organisation confessionnelle de dicter sa loi.

C’est pour cela que je tiens à vous exprimer une nouvelle fois ma totale opposition à l’intervention du pape François en séance plénière de ce mardi 25 novembre. Ne nous mentons pas! C’est le chef religieux qui s’exprimera. Pas le chef d’État. Et rien ne justifie que les représentants de l’ensemble des citoyens européens doivent prendre en compte la vision du monde de quelques-uns, d’écouter leurs revendications et aspirations. Les organisations confessionnelles doivent être traitées comme tout groupe d’intérêt. Sans statut particulier. Sans privilèges.

Il est grand temps que l’Union européenne soit protégée de l’influence des religions, comme elle préserve les religions de l’influence des États. Adoptons et appliquons enfin une définition européenne de la laïcité ! Il ne s’agit pas de nier les préoccupations des croyants. Ni de faire l’impasse sur les conflits religieux dans le Monde. Promouvoir la laïcité, c’est s’assurer que toute décision au sein de l’Union européenne sera prise en toute indépendance. Que chaque loi sera votée dans l’intérêt de tous.

La liberté, le progressisme, la lutte contre les discriminations et pour les droits fondamentaux sont impossibles si l’on accepte que les organisations confessionnelles continuent d’entraver les mécanismes démocratiques des institutions européennes.Monsieur le Président, je considère qu’inviter officiellement M. Bergoglio était une erreur. Une erreur que vous réparerez en vous assurant que désormais aucun représentant d’une religion ne s’exprimera en séance plénière.
En attendant, voilà pourquoi je n’ai pas assisté à l’intervention de M. Bergoglio, et j’ai appellé tous les députés progressistes à faire de même.

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