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Virginie Rozière

Si tu fais du foot, tu seras un homme ma fille …

« Un sport de tapette ». « Courir comme un  pédé »… L’homosexualité dans le sport ce sont trop souvent des insultes, des présupposés de faiblesse. Une ambiance oppressante, faite d’humiliations, de mise à l’écart, d’exclusion.

Mais l’homosexualité dans le sport, c’est aussi cette conception genrée de la pratique sportive : les sports de garçons qui nécessitent de la force contre les sports de filles, plus « délicats ». Avec cette peur irrationnelle – et déplacée ! – que l’enfant d’un sexe tenté par un sport supposément attribué au sexe opposé deviendra homosexuel.

D’Amélie Mauresmo (Tennis) à Tom Daley (plongeon) en passant par Ian Thorpe (natation), Thomas Hitzlsperger (football), Jason Collins (basket) ou encore Gareth Thomas (rugby), les sportifs qui osent assumer publiquement leur homosexualité pendant leur carrière sont encore rares.  

Des actes courageux, compte tenu du contexte, et qui devraient être banals. Mais les sportifs – et comment leur en vouloir – sont pragmatiques : leur coming out peut provoquer leur rejet par leur équipe, et pour les professionnels, la déception de leurs fans et/ou l’abandon par leurs sponsors.

Le cercle vicieux est insoluble : les préjugés persistent parce que les homosexuels sont invisibles dans le monde du sport. Les homosexuels sont invisibles parce que les préjugés entrainent trop de sacrifices.

Pour les sportives et sportifs homosexuels, voilà le dilemme : révéler leur homosexualité mais risquer de subir des comportements homophobes ou la taire, mais se hasarder à n’être jamais reconnu comme tel et vivre dans une clandestinité coûteuse au plan social, psychologique et culturel.

C’est pourquoi la puissance publique, au-delà des louables campagnes de sensibilisation et d’information, doit s’attaquer de front au silence des organisations professionnelles qui refusent d’aborder cette question ; le déni quasi systématique de la part de dirigeants, d’entraîneurs et d’athlètes de la présence d’homosexuel-le-s dans les sports.

Cela passe d’abord par une redéfinition de ce que l’on appelle le &masculin& ou le &féminin& : l’attribution de qualités, de goûts et de préférences selon le sexe est – n’en déplaise aux conservateurs et réactionnaires – une construction sociologique. Trop de préjugés sont confortés par les éducateurs, les publicitaires et les parents sur les disciplines que pourraient pratiquer leurs enfants.  

Sexisme et homophobie vont souvent de pair quand il s’agit de conforter l’image de virilité qui s’attache à un sport, image que femmes et homosexuels pourraient remettre en question..

Je remarque d’ailleurs – non sans malice – qu’alors que l’homophobie est particulièrement présente dans le foot européen, qui se gargarise de sa masculinité, aux États-Unis, ce sport est majoritairement pratiqué par les femmes… et les homosexuels. Le « vrai » football, pour « les hommes, les vrais » c’est bien évidemment le football américain…

Je serai également favorable à ce qu’un mouvement sportif engagé dans la lutte contre l’homophobie s’institutionnalise temporairement, en créant un réseau associatif qui s’appuie sur des Fédérations internationales et nationales spécifiques, produisant des discours où la liberté d’orientation sexuelle devient une cause à défendre face à l’homophobie.

À l’image des gay games, cette spécialisation des clubs de sports et des compétitions sportives visent  la production d’images mobilisatrices fortes, constitutives d’une conviction militante, à la fois combative et ouverte, contre les forces conservatrices qui véhiculent l’homophobie et la marginalisation des minorités. 

Mais l’action la plus efficace, pour lutter contre l’homophobie dans le sport, est bien l’existence de modèles, de stars assumées, soutenues par leurs entraineurs, équipes, sponsors et supporters. Progressivement, ces figures apparaissent. En pleine ascension ou jeunes retraités, de plus en plus de sportifs osent faire leur coming out. Les médias les encouragent. Certains sponsors en font un argument de vente.

L’évolution est lente, et l’indifférence, au bon sens du terme, du sport face à l’homosexualité se fera encore attendre. Mais certains signes nous permettent d’être optimistes.

C’est désormais aux pouvoirs publics de multiplier les campagnes de sensibilisation, mais surtout de sanctionner toujours plus durement les déclarations et comportement homophobes, et de protéger les enfants contre les préjugés que l’on voudrait leur faire subir.