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Virginie Rozière

Mon plaidoyer en faveur de la défense d’un droit européen à l’avortement.

Le droit de la famille n’est pas une compétence européenne. Comment alors s’assurer de l’irréversibilité des droits au sein des États-membres ? A l’occasion de la conférence pour le droit à l’avortement organisée par All of us le 5 février, je veux réaffirmer mon engagement pour ce droit inaliénable qu’est celui des femmes à disposer de leur corps.

Le droit des femmes à interrompre leur grossesse semblait acquis presque partout en Europe. Et pourtant …
Obtenu de haute lutte dans nombre de pays dans les années 1970 (1975 en France), le droit des femmes de décider si elles souhaitent porter leur grossesse à terme a lentement été reconnu, même par les pays les plus conservateurs de l’Union européenne (Portugal en 2007, Espagne en … 2010). Et c’est de l’Espagne, dernier pays à avoir reconnu l’avortement, que s’est amorcée la marche arrière. En France même, la proposition a été très favorablement reçue dans certains milieux catholiques que l’on a vu défiler dans une « Marche pour la vie ».

Alors que l’hypothèse d’un retournement de l’opinion sur les grands sujets de société – dont l’avortement – était inimaginable il y a encore un an, les résistances d’ordre privé, religieux, politique, sortent de l’ombre.

Le parlement européen lui-même a semblé impuissant à garantir aux européennes la pleine jouissance de leurs droits : en décembre 2013, il avait rejeté par 334 voix contre 327 le rapport Estrela qui réclamait l’accès généralisé à la contraception et à des services d’avortement sûrs. La puissance de feu des lobbies religieux et réactionnaires a par la suite été impressionnante : le mouvement One of us (Un des nôtres) a réuni 2 millions de signatures : la plus grande pétition de l’histoire européenne !

Mais nous avons une deuxième chance : l’adoption le 20 janvier 2015 par la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du rapport de mon collègue belge Marc Tarabella (S&D) qui « insiste sur le fait que les femmes doivent avoir le contrôle de leurs droits sexuels et reproductifs, notamment grâce à un accès aisé à la contraception et à l’avortement […] » et « invite les États membres et la Commission à mettre en œuvre des mesures ». Elle sera soumise au vote de l’ensemble des eurodéputés le 9 mars 2015.

Les ennemis du progrès et de la liberté s’organisent déjà, et recueillent une nouvelle fois les signatures des opposants au droit à l’avortement. Ils dénoncent notamment le non-respect du principe de subsidiarité, selon lequel la question de l’avortement relève de la compétence des États.

Il est vrai que les rapports Estrela et Zuber (qui attirait l’attention sur la situation spécifique des femmes en période de crise économique) vont dans le sens d’une prose de position européenne des questions éthiques. Je ne peux que me réjouir de cette tendance qui, si elle n’est pas encore tout à fait en cohérence avec la législation européenne, est le seul moyen de garantir à tous les citoyens européens les mêmes droits et libertés.

Une fois encore, la protection des citoyens européens passera par une réflexion laïque et dépassionnée de ces questions : le concept de « droit absolu à la vie » avancé par les opposants à l’avortement ne saurait, en aucun cas, remettre en question les droits fondamentaux, parmi lesquels l’exercice de sa liberté de choix, que l’Europe se doit de garantir à ses citoyens.